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Affrontements entre Babouté et Haoussa à Banyo
Contraints au partage des sièges avec l’opposition au sein du conseil municipal, le lamido de Banyo et le Sga n° 2 du comité central du Rdpc s’affolent et perdent tout contrôle.
Les lendemains du double scrutin du 22 juillet sont douloureux dans la ville de Banyo, chef-lieu du département du Mayo Banyo. Dans la journée du mardi, des hommes armés des machettes, de fouets, de gourdins et de flèches se sont rendus au domicile d’un certain Mohamadou. Ils l’ont copieusement bastonné. La victime, grièvement blessée, se trouve internée dans un hôpital. Le même jour, ces agresseurs ont fait le tour de deux autres domiciles. Ils ont assommé le nommé Issa et le fils d’un certain Maré (son identité n’a pas été révélée). Mercredi dernier, d’autres personnes sont passées à la trappe. Il s’agit de El Hadj Oumarou Balla, président de l’Association de développement du Mayo Banyo (Adem) et d’un ancien député nommé Aoudou.
Les agresseurs, identifiés comme membres de l’ethnie Babouté, trouvent une résistance farouche chez le président de l’Adem. L’ex-député prend la fuite, laissant femmes et enfants dans le désarroi et la panique. Les conditions maximales de sécurité sont aussitôt déployées dans la ville. Les hommes de troupe de Ngaoundal et Ngaoundéré arrivent également en renfort. Joint au téléphone, Sodéa Hamadjida, le préfet du Mayo Banyo, semble minimiser la situation. “ Il y a eu certes un renfort en militaires venus de Ngaoundéré. Mais le calme est revenu, nous maîtrisons la situation. S’il y a des gens qui veulent faire dans la dramatisation, c’est leur problème ”.
Le préfet (tout en se refusant d’avouer que la situation est à la limite de l’état de siège) multiplie des réunions de sécurité. “Pour plus d’informations, il faut joindre le commandant de compagnie ”, conclut-il. L’assurance de la préfectorale est battue en brèche par les populations qui affirment le contraire. “ A ce jour, la ville est divisée en deux factions rivales qui s’affrontent. Il y a d’un côté les courtisans et fidèles du lamido, armés des flèches, fouets et de machettes. De l’autre, ce sont les Haoussa armés des cailloux, déterminés à se défendre. Ils sont dressés les uns contre les autres. La situation peut dégénérer à tout moment en un conflit violent qui sera difficile à contrôler”, affirme sous anonymat, un haut fonctionnaire en service dans la ville.
Laver l’affront
“Ce qui fait problème dans toutes ces agressions, c’est qu’elles sont ciblées et dirigées vers les personnes de l’ethnie Haoussa. Parmi les cibles les plus visées, se trouvent les militants du Rdpc, qui ont refusé d’entrer dans la liste conduite par le lamido, pendant les primaires. Pour le président de l’Adem, par exemple, le lamido le veut mort ou vif ”, s’indigne Ali Abdou, de l’ethnie Haoussa.
Tout est parti de la proclamation des résultats du conseil municipal de la commune de Banyo par la commission communale. Le Rdpc (qui depuis 2002 règne en solitaire à la mairie) s’en sort avec une majorité relative des suffrages valablement exprimés, et doit partager les sièges du conseil avec l’Undp. La moisson est amère pour le lamido Mohaman Gabdo Yaya de Banyo et l’ex-ministre Hamadjoda Hadjoudji, aujourd’hui secrétaire général adjoint n° 2 du Comité central du Rdpc.
La grande concentration des votes urbains en faveur de l’opposition est la goutte d’eau qui fâche le monarque et le Sga n°2 du Comité central du Rdpc. “ Sur les 26 bureaux de vote de Banyo urbain, 4 seulement ont donné la majorité au Rdpc. Les 22 autres ont plébiscité l’Undp. Le fait de perdre dans leur fief affole les deux “régents” ”, tranche un militant du Rdpc. Selon certaines indiscrétions, les deux hommes, caciques et hauts dignitaires du parti au pouvoir, sont mécontents d’avoir à partager le conseil avec l’Undp. “ Ils ont décidé d’exterminer les Haoussa, de les chasser des terres de Banyo. On ne peut pas vivre dans une communauté, sur la base de la haine. L’Etat doit impérativement faire quelque chose”, conclut un dignitaire Haoussa.
Réaction du Lamido Mohaman Gabdo Yaya de Banyo
Joint au téléphone, le monarque confirme les émeutes et la panique dans la ville de Banyo. Il évacue la chasse aux Haoussa, malgré les accusations et les nombreuses plaintes qui l’accablent. Il rejette tout sur l’Undp qui, à le croire, joue les mauvais perdants.
“Il y a une sorte d’instrumentalisation de la part de l’Undp”
“ Il y a effectivement des troubles dans la ville. Tout a commencé le 24 juillet, les militants de l’Undp se sont mis à barrer les routes, à enflammer les pneus, empêchant les gens de circuler. En tant que chef de cette contrée, je ne peux pas tolérer les troubles sur mon territoire. Il est hors de question qu’on assiste au remake de ce qui s’est passé pendant les villes mortes. C’est pour cela que mes fidèles et moi avons organisé une contre manifestation. L’Undp n’est pas contente d’avoir 10 sièges dans un conseil où le Rdpc en a 31 ; et par conséquent, le poste de maire et les adjoints. Ce sont eux qui sont à l’origine des actes de vandalisme. Ce jour (Ndrl hier jeudi, 26 juillet), le ministre et Sga n° 2 du Comité central, une grande élite et moi, sommes allés faire la ronde des procès verbaux dans certains bureaux où il y a eu bourrage, nous avons été pris dans une embuscade par les militants de l’Undp. Armés des flèches et des machettes, ils ont foncé sur nous. Ma garde ne pouvait pas laisser leur chef entre les mains des agresseurs, ils ont riposté. Nous enregistrons près d’une demi-douzaine de blessés dans les rangs du Rdpc. Il y a quelques blessés dans les rangs de l’Undp. Parmi eux, il y en a qui se sont blessés avec leur propre long couteau. Je suis déterminé à ne pas laisser les gens saccager ma ville. A bon rat, bon chien. Il y a une sorte d’instrumentalisation de la part de l’Undp. Lors de leur congrès à Bertoua, ils ont déclaré que je suis à 50% responsable de leurs misères à Banyo. Ils font tout pour me diaboliser ”.
Propos recueillis au téléphone par
Souley ONOHIOLO
Par Souley ONOHIOLO Le 27-07-2007 |